Au rive gauche

26 juillet 2018

Cénacle littéraire chez Michèle, sujet imposé : Du style !

Balzac

"Mon garçon, commençait le membre de l’Institut, dites-vous bien que La Chartreuse, c’est d’abord de la musique ; du Métastase et du Verdi ; c’est de la musique comme la peinture du Corrège est une symphonie. Stendhal lui-même, répondant à Balzac, qui avait si bien loué La Chartreuse, disait : "Les ombres du Corrège vous jettent dans une douce rêverie ; c’est presque de la musique. "Quand Stendhal énumère les grands noms des palais parmesans ou les cimes des Alpes rhétiques - reprend Balzac -, il ne fait rien d’autre que de se jouer à lui-même la musique du souvenir, celle de sa vingtième année." J. Morand
Lire encore >>

Fanny-alex


Édito
Le thème "du style", de ce soir, ne m’en était pas moins étranger quant au fond. Ceci dit dans un style aussi peu scolaire qu’il ne me soit possible. Où je ne me sens pas obligé de faire état de tout ce qui s’est écrit. De sorte que cet exposé est à mon image, là où j’en suis. Pour Buffon "Le style est l’homme même" alors que le style ou l’homme peuvent s’y présenter "indifféremment : thème ou prédicat".
Selon Gérard Genette (relisant Nelson Goodman) : "Le style est le versant perceptible du discours, qui par définition l’accompagne de part en part, sans interruption ni fluctuation. Ce qui peut fluctuer, c’est l’attention perceptuelle du lecteur, et sa sensibilité à tel ou tel mode de perceptibilité (...) Je cite toujours : La notion de style connaît en français une très grande extension. On peut rappeler la définition de Meyer Schapiro : "Par style, on entend la forme constante - et parfois les éléments, les qualités et l’expression constants - dans l’art d’un individu ou d’un groupe d’individus. Enfin, le terme "style" vient de "stilus", l’instrument dont les romains se servaient pour écrire. D’après Laurent Jenny, extrait d’un article paru dans le n° 11 de la revue Littérature : "J’aimerais aborder la notion de style par une réflexion volontairement large et englobante sur des pratiques qui excèdent le style artistique mais sur fond desquelles ce dernier prend sens. Il me semble en effet qu’on peut situer le style parmi un ensemble plus vaste de pratiques, pratiques vitales tout autant que productrices, et qui toutes ont pour objet "l’individuel".
Pierre Pachet, dans son livre écrit : "L’individu s’affirme le plus, et sous sa forme la plus abstraite, là où le signe de son affirmation est le plus stéréotypé. Pourquoi ? Ce que l’individu affirme là n’est pas la richesse de sa vie psychologique, son inventivité, ses ressources ; c’est sa pure indépendance, le pouvoir de dire oui ou non, de désirer ou de repousser... Ce "territoire" n’a pas à justifier sa valeur aux yeux d’autrui, ni son originalité. Il suffit qu’il soit posé comme mien".
Changeons de registre : Expliquer un style, selon Gombrich, consiste ni plus ni moins à situer son caractère expressif dans l’histoire générale de l’époque à laquelle il appartient, à démontrer que les formes qu’il utilise n’expriment rien qui ne s’exprime également dans les autres organes de cette époque.
À ce propos la Lettre de Rilke à un jeune poète est un modèle du genre : "C’est dans le beau poème "Mon âme" que je le sens le plus nettement. Là, quelque chose que vous avez en propre cherche sa forme et son style. Votre bonne lettre qui les accompagnait ne manque pas de m’éclairer sur certaines faiblesses qu’à la lecture de vos vers, j’avais perçues sans pouvoir les désigner nommément. Vous demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez à moi. Vous l’aviez auparavant demandé à d’autres. Vous les adressez à des revues. Vous les comparez à d’autres poèmes. Alors (puisque vous m’avez autorisé à vous donner des conseils), je vous conjure de renoncer à tout cela. Personne ne peut vous apporter aide ni conseil. Il n’est qu’une seule voie. Entrez en vous-même. Recherchez au plus profond de vous-même la raison qui vous impose d’écrire : examinez si elle étend ses racines au tréfonds de votre cœur, faites-vous-en l’aveu : serait-ce la mort pour vous s’il vous était interdit d’écrire. Si votre quotidien vous semble pauvre, ne l’accusez pas. Et seriez-vous vous-même dans une prison dont les murs ne laisseraient parvenir à vos sens aucun des bruits de ce monde, ne vous resterait-il pas votre enfance, cette richesse exquise, royale, ce Trésor de souvenirs ?" Rilke
Autre texte, tiré d’Une Enfance Berlinoise, Préface de Jean Lacoste à Sens unique de Walter Benjamin.
"Si Benjamin choisit de sauver, en 1933, ces incidents de son enfance berlinoise, ces fugitives initiations, comme on arrache un seul objet à un incendie, c’est peut-être parce que, pour citer une dernière fois les Thèses, ces instants critiques, ces "seuils", sont "le signe d’un arrêt messianique du devenir, autrement dit d’une chance révolutionnaire dans le combat pour le passé opprimé. Enfance berlinoise doit peut-être son existence à cette étrange et belle idée théologico-politique : nous avons envers l’enfant mort qui est en nous la même responsabilité qu’envers les espérances toujours en souffrance du passé".
Passons maintenant au propre aveu de Franz Liszt : "J’exécutais alors fréquemment, soit en public, soit dans des salons (où l’on ne manquait jamais de m’observer que je choisissais bien mal mes morceaux), les œuvres de Beethoven, Weber et Hummel, et, je l’avoue à ma honte, afin d’arracher les bravos d’un public toujours lent à concevoir les belles choses dans leur auguste simplicité, je ne me faisais nul scrupule d’en altérer le mouvement et les intentions ; j’allais même jusqu’à y ajouter insolemment une foule de traits et de points d’orgue, qui, en me valant des applaudissements ignares, faillirent m’entraîner dans une fausse voie dont heureusement je sus me dégager bientôt. Vous ne sauriez croire, mon ami combien je déplore ces concessions au mauvais goût, ces violations sacrilèges de l’ESPRIT et de la LETTRE, car le respect le plus absolu pour les chefs-d’œuvre des grands maîtres a remplacé chez moi le besoin de nouveauté et de personnalité d’une jeunesse encore voisine de l’enfance".

Merci de votre attention,

Étienne

Pierre-et-JeanHenry-James-le-roman-considere

 


30 avril 2018

Vanitas vanitatum, omnia vanitas & sic transit gloria mundi

La liberté et la mortLa-liberte-et-la-mort
"Les femmes qui s'occupaient de poules, de coqs et de lapins, considéraient le couple avec inquiétude.
- Elle est trop maigre, la mariée, elle n'a pas de poitrine, elle n'aura jamais de lait !
- Ne t'en fais pas, va, elle en aura. Tu te rappelles, l'année dernière, ma chèvre Mavrouka ? Elle n'avait que la peau et les os, on ne voyait même pas ses pis, pourtant elle a été prise, elle a mis bas, et tu ne me croiras pas... elle donnait une oke de lait à chaque traite.
- Mais elle n'a pas de hanches ! Où se logera l'enfant ?" Disait une autre.
Et sa voisine la rassurait : "Ne te fais pas de mauvais sang, elle va élargir, Quand les filles se marient, elles élargissent."
Lire encore

 

celui-qui-doit-mourirNikos Kazantzaki fait partie des rares auteurs que j'emporterais sur une ile déserte. Ceux, peu nombreux, dont j'eus le désir de tout lire. Encore que, plus j'avance dans l'âge, et plus la liste de ceux-ci ne s'allonge. Tous les héros de cet auteur paraissent n'être, au fond, que des substitus du père. A condition qu'on ne le veuille. La liberté à laquelle Nikos aspire et fait référence est double.
De prime abord toujours individuelle, intérieure, inconsciente. Elle s'inscrit néanmoins dans un cadre plus général.
Il ressort qu'il faille se battre pour être libre, pour vivre.
Tandis que la femme ne représente l'unique source d'inspiration des mâles, cette liberté, ne se conjugue paradoxalement qu'au masculin ! Nous sommes loin de l'égalitarisme qui nie toutes différences. Quant aux enfants, il leur suffira d'attendre leur tour, qui ne manque pas de venir !
Alors qu'aujourd'hui on leur accorde ipso facto le statut d'adulte. Jusqu'aux animaux qui s'humanisent, de plus en plus.
Dans La liberté ou la mort le passionnel le dispute sans cesse au réel. Ce qui rend cet ouvrage peu ou pro nostalgique, romantique à souhait. C'est de la même veine qu'Yachar Kemal. Deux romanciers chez qui la tradition n'en finit pas de mourir. Le tout mêlé à quelques traits de modernisme bien sentis. Dans ce roman le lecteur ne tombe jamais dans la banalité, la facilité, ni le vulgaire.
Tout est hautement traité. Ainsi, l'approche d'un imminent orage, alourdit l'ambiance déjà lourde de multiples imprécations. A l'instar d'un fond d'écran.
Pour Kazantzaki la vie n'est que passion, à l'image de la vie du Christ. On est immédiatement prit. Un climat de tension transite sans coup férir de L'auteur au lecteur. La répétition incessante des menaces ajoute à la gravité à la situation. L'auteur est tourmenté, hanté, obsédé. Tandis que l'intrusion des grandes puissances n'apparait qu'à la moitié du roman.
Parce qu'elle est fantastique, la littérature de Kazantzaki ne date pas. Omniprésente, la question religieuse demeure cependant sous-jacente à tout. L'attaque du quartier juif nous rappelle les pogromes dont ceux-ci furent victimes.
"Asiatique" sur la forme, ce roman est peuplé de "beys", "d'Agas", comme ceux d'Yachard Kemal. De même dans ceux de Ramon Sender, auxquels ce roman m'a fait penser. On y trouve au surplus l'ambivalence des sentiments, toujours introspectifs. Plus puissant que Zorba le grec, sans ambages, toute action doit rageusement aller au bout. Comme dans un rêve. Alors que ça ne se passe pas systématiquement ainsi dans la vie réelle.
L'auteur nous enlace d'emblée. Tous les personnages vivent une tragédie en surimpression à leur quotidien. Ce d'autant que la question nationale chevauche sans cesse celle de la religion. C'est ainsi que le dimanche est synonyme de trêve, dans la lutte entre la chair et l'esprit. Entre le réel et le mystique. Entre deux, comme entre deux parents. Toujours en demeure de devoir choisir entre une hypothétique mission divine ou la nécessité ! Transcender le divin, en somme, voilà pour le sublime. L'humain c'est le réel, en rapport au principe de plaisir, duquel on ne peut s'échapper. C'est la même ambiance dans tous les romans de Nikos, qui n'en font plus qu'un seul. On chante, on danse. Ce ne sont que petites scénettes qui se succèdent. Le problème qui demeure : la sublimation.
Héros de La liberté et la mort, Michel est le sosie de Zorba, héros du roman éponyme. Tout est calme, entre deux piques de tension la vie suit son court, reprend son souffle. Mais le vengeur attend son heure.
"Quelle folie que de vouloir sauver le monde !" : nous concède enfin l'auteur, las de s'échiner en vain.
Étienne

Tourterelle-ma-tourterelleMeurtre-au-marche-des-forgerons

 

 

 

 

 

 

18 décembre 2017

Étienne…, Étienne…, Étienne…, tiens le bien !

Bar-des-Chaprais
Au Grand Café, vous êtes entré par hasard, Tout ébloui par les lumières du boul'vard, Bien installé devant la grande table, Vous avez bu, quelle soif indomp­table, De beaux visages fardés vous disaient bonsoir, Et la caissière se levait pour mieux vous voir. Vous étiez beau vous étiez bien coiffés, Beaucoup d'effets.

Au Grand Café, Comme on croyait que vous étiez voyageur, Vous avez dit des histoires d'un ton blagueur, Bien installé devant la grande table, On écoutait cet homme intarissable, Tous les garçons jonglaient avec Paris-Soir, Et la caissière pleurait au fond d'son tiroir. Elle vous aimait, elle les aurait griffés, Tous ces gueulards, ces assoiffés, Ces assoiffés du Grand Café, Par terre on avait mis d'la sciure de bois, Pour qu'les cracheurs crachassent comme il se doit. Bien installé devant la grande table, Vous invitiez des Ducs, des Connétables, Quand on vous présenta, soudain, l'addition, Vous avez  déclaré : "Moi, j'ai pas un rond", Cette phrase-là produit un gros effet, On confisqua tous vos effets, Vous étiez fait au Grand Café, Depuis ce jour, depuis bientôt soixante ans, C 'est vous l' chasseur, c'est vous l' commis de restaurant, Vous essuyez toujours la grande table, C'est pour payer cette soirée lamentable, Ah, vous eussiez mieux fait de rester ailleurs, Que d'entrer dans ce café plein d' manilleurs, Vous étiez beau, le temps vous a défait Les mites commencent à vous bouffer ! Charles Trenet
Lire encore...Des-tavernes-aux-bistrots

 

 

 

 

 

 


 

Le-cafe-du-pontTous partants au bar des Chaprais turf ! ...
"Installé dans le quartier, je me sens de jeter un d'œil en une fin d'après-midi, interminable, au bar PMU des Chaprais. "Si t'as le bec fin, vas voir à Passy... !" Brassens, Le bistrot.
Ici, on joue, on gratte, on parie, on gagne parfois, on perd sûrement, jamais bredouille néanmoins. On ne vient pas ici que pour jacter. On se laisse vivre, on égraine les heures, poussé par le temps qui passe. "Tu trouveras là, la fine fleur de la populace, tous les marmiteux, les calamiteux, de la place..." Ibidem.
Sûrs de leur fait, ces désœuvrés n'y viennent pas pour s'en jeter un sur le pouce, poussés par l'habitude, attirés par ils ne savent pas quoi exactement. N'ayant nul ailleurs où aller, beaucoup feront la fermeture. C'est un lieu de vie, de survie. Où ce qui leur reste d'existence ne s'écoule, jamais la même, bien qu'iden­tique, comme l'eau d'une rivière. Rien que des personnalités, peu banales, triées sur le volet ! Il arrive qu'on tombe sur une table normale, entourée de gens, de vrais clients.
Ici, tous se connaissent. Viens-y deux ou trois fois et tu es admis, affublé d'un surnom aussitôt. A l'instar de ces gens en fauteuils roulants, surnommés : les motards !
Le temps s'étire faussement lentement. S'égrène sans qu'on n'y prenne garde, à notre insu. Ici, tous les jours se ressemblent, à l'exception du jour de fermeture. Le temps à tuer conditionne l'ambiance, la composition sociale du groupe.
Là, les faux semblants conformistes ne sont pas de mise. Le Café des Chaprais a ses propres codes. Peu de va-et-vient, peu d'é­changes extérieur/intérieur, sauf à fumer une clope. Tous les mouvements sont lents, non réfléchis. Les palabres, lancés à la cantonade, inspirent les autres. Non seulement, il y a le turf, mais on gratte-gratte, on pianote sur des écrans tactiles aussi, où se succèdent tiercés et autres quintés. Chaque joueur se trouve néanmoins livré à lui-même. On se lève de table, on quitte le bar, on bouge puis on se rassoit, au même endroit. Fi de la différence entre femmes et hommes, on est du café, on fait partie d'une famille. Un sous-produit de la fraternité, facile à donner, à perdre. La bière, le tabagisme, comme liens indé­fectibles en somme. "Si t'as l'gosier qu'une armure d'acier matelasse, goûte à ce velours, ce petit bleu lourd de menaces. " Ibidem.
Ce qui se passe dans la société, peine à avoir droit de citer. Une résistance qui répond à celle des autres. Enfin, vient le bar où s'y accoudent toujours les mêmes. Sur le zinc, ils viennent tromper : solitude, ennui, angoisse, vague à l'âme. Et puis, Julie est arrivée. "Que je boive à fond  l'eau de toutes les fontaines Wallace, si, dès aujourd'hui, tu n'es pas séduit par la grâce. De cette jolie fée qui, d'un bouge, a fait un palace. Avec ses appas, du haut jusqu'en pas, bien en place..." Ibidem.
Un rai de lumière s'est instillé derrière le bar ! Toujours à frotter, briquer, lustrer, nettoyer, Julie jette toujours un regard aux interlocuteurs qui se pressent. Mais, où est passé Omar, le boss ? Il déambule entre les tables, serre des mains, distille quelques conseils avisés. Le bar des Chaprais est un lieu de rencontres, entre des gens qui ne se rencontrent pas. "Dans un coin pourri, du pauvre Paris, sur une place... " Ibidem !
Étienne

 

10 décembre 2017

Vivre était au-dessus de ses moyens !

Les-paysans-Balzac"On entendait le bruit mat des pommes de terre versées dans les chariots... Par endroits, on labourait encore en vue de l'ensemencement... Des troupeaux de vaches marquetées paissaient dans les jachères... Plus loin, des oies ressemblaient à des plaques de neige sur les prés râpés et roussis... Quelque part, une vache meuglait... Des feux brillaient, et de longues tresses de fumées azurées s'étiraient au-dessus des terres... Un char gémissait, ou une charrue grinçait contre une pierre... puis le silence enveloppait de nouveau la campagne pour un instant, au point qu'on pouvait entendre le clapotis sourd de la rivière et le ronflement du moulin caché derrière le village, dans un bouquet touffu d'arbres jaunis... Puis, de nouveau, un chant rompait le silence, ou un cri parti on ne sait d'où s'élançait à ras de sol, se traînait au creux des sillons, et se perdait sans écho dans la grisaille automnale, sur les éteules tendues de toiles d'araignée argentées, sur les routes vides et songeuses, au-dessus desquelles s'inclinaient les lourdes têtes sanglantes des sorbiers... Ailleurs on hersait les champs, et un tourbillon de poussière grise, séculaire, jaillissait derrière la herse, s'allongeait et rampait à flanc de colline, puis retombait, et l'on en voyait émerger, comme d'un nuage, un paysan, tête nue, cheminait lentement, puisait du grain dans la toile et semait d'un geste monotone et pieux qui bénissait la terre."            Les paysans L. Reymont
Lire_encore...

Horizons-lointains1La disparition d'un de mes amis d'enfance, dit de chez La Gouapotte, voilà une chose à laquelle je ne m'attendais pas d'assister, en cette fin d'année 2017. Lui non plus, d'ailleurs. Celui-ci vient de quitter cette bonne vieille terre, qu'il a retournée plus souvent qu'à son tour, comme il vivait. Sans faire de bruit. Sur la pointe des pieds, "pour ne pas déranger les gens". Ainsi que Brassens ne le chante : "Pauvre Martin, pauvre misère !"
Cet ami n'a vu du monde que ce que la télévision lui en aura donné à voir, peu et beaucoup à la fois ! L'impuissance, sous-jacente à ses propos, n'est d'ailleurs pas étrangère au fait que celui-ci ait été tourné vers le passé, plutôt qu'en direction de l'avenir, à l'instar de son père. Sans être le plus vieux du village, mon ami n'en était pas moins une des mémoires les plus vivaces. Il m'a beaucoup aidé lors de la rédaction de mes souvenirs d'enfance. En me prêtant les photos que nous n'avions pas, au sein de notre famille. Puis, en y ajoutant toujours quelques anecdotes, voire des commentaires, que parfois il n'avait qu'entendues. J'appris que Victorin, notre arrière grand-père, était "passé" par Montot, avant que d'arriver chez les Vernier. Là où la plupart d'entre nous sommes nés. Dès qu'il s'agissait d'un autre, mon ami ne s'étonnait de rien, quelle que soit la prouesse. Mais, qu'il s'agisse de lui et il devenait immédiatement pessimiste. L'autodérision, comme expression de son extrême modestie. Un maître mot qui le caractérisait de même.
Suite au primaire, il n'aurait pas voulu partir, devoir quitter son village natal, comme bon nombre d'entre nous furent contraints de le faire. Mais, il ne se montrait aucunement surpris de la réussite de ceux qui s'exilèrent. Peut-être est-ce ainsi, par délégation, qu'il "vivait" les rares plaisirs que sa timidité le contraignait à refouler. Au bal, je ne le vis jamais ne serait-ce qu'inviter une fille à danser. Alors qu'il n'aurait pas voulu manquer ces quelques rares moments, où le principe de plaisir présidait à tout.
Peu avare de quelques bons mots, ce garçon aimait la compagnie de ses semblables. Pourvu que nous ne lui demandions pas de s'impliquer personnellement. Il me faisait penser à "ces ouvriers de la dernière heure", aussi bien rétribués que ceux de la première. Sans se presser, il était de tous les bons coups !
Il aura fréquenté régulièrement l'église jusqu'au bout. Mais à quoi croyait-il ? Bien malin qui pourrait le dire. Avant tout, c'était un sceptique en beaucoup de domaines.
Il avait fini par "se mettre" à la chasse. Sous l'influence d'un de mes cousins, peut-être. À moins qu'il n'ait voulu profiter de la compagnie de son chien ? Ou les deux à la fois !Chazot-au-couché-du-soleil
Son plus grand voyage, il l'aura fait sous couvert de l'armée jusqu'à Madagascar, me rappelait un de mes frères, son conscrit. Comme bon nombre d'entre nous, d'ailleurs.
À défaut d'aimer philosophiquement la vie, ce camarade était de ceux pour qui "il faisait néanmoins bon vivre". Se réjouissant de tout, il pouvait sans nul doute apparaitre n'être véritablement satisfait de rien !
"Requiem, pour un paysan espagnol" est expressément le litre d'un roman auquel cette vie d'agriculteur anonyme me fait le plus penser. "Ce brave paysan"* était le meilleur des hommes. Ceux qu'on dit fait "d'une bonne pâte d'homme !". Trop, sans doute, pour ce qui est d'être capable d'attirer une femme dans ses rets ! À une époque, il est vrai, où épouser un paysan en rebutait plus d'une. Quoi qu'il en soit, mon ami chérissait la campagne, l'agriculture. Auto-satisfait, il aimait sa famille, sa maison, son village, sa région... par fidélité à ses ancêtres. Puis, parce qu'il n'aura connu que cela. C'est ainsi que s'exprimait son allégeance à tout ce qui ne relève que du quotidien. Son conservatisme. Il sera parti sans crier gare ! Et a fini de souffrir. C'est déjà ça ! Adieu
Étienne.

*Dixit Fernand Raynaud

Les-paysans

 

27 novembre 2017

Le festin de Pierre

 

Melancolie-et-creation-chez-Vincent-Van-Gogh

 

L'art comme nomination ou éclipse du nom
Lacan a vu dans l’œuvre de James Joyce le paradigme le plus pur de la notion de suppléance symbolique, en particulier dans la fonction par laquelle l'écriture a lieu. La "carence paternelle", dont souffre d'après lui l'écrivain irlandais, est traitée par l'écriture comme réalisation symptomatique du Moi : la carence du père n'a pas transmis symboliquement le désir, donc, la juste compétence phallique, mais Joyce trouvera dans l'écriture la possibilité de "se faire un nom" en se passant du nom paternel. En ce sens, la pratique de l'art serait pour lui un "sinthome" - terme que Lacan propose d'écrire en mode archaïque avec "th", afin de souligner sa différence d'avec la conception freudienne classique du symptôme. En effet, si le symptôme freudien, entendu surtout comme une modalité de retour du désir inconscient refoulé, destitue le Moi et le divise, celui de Joyce".
Lire la suite…

La-vie-devant-soi

Édito
Le roman, la vie devant soi, n'ayant plus de secrets pour moi, je ne considère que les multiples analogies existantes entre cette narration romanesque et l'auteur.
Rosa est juive, apatride, sa mère à lui aussi. Rescapée des camps certes, tandis que sa mère ne survit qu'à l’enfer du divorce, au prix d’une existence erratique. Il n'empêche, la peur incessante des allemands de Rosa nous renvoie à la peur que sa mère eut de la police française. Faire la pute ou vendre au marché noir, ont en commun d’être deux commerces illicites. Cooptée "assistante maternelle" pour les besoins de sa cause, il ne lui suffit plus que de l’entourer de cassos… Un statut qui fut le sien à quelques reprises. Élevé par sa mère exclusivement, Romain en eut une excessive estime pour elle, dont il ne pourra se libérer, à l'instar d'Hamlet de Shakespeare. Comme il échoue à s'en défaire, il ne peut se voir vieillir et doit demeurer l'éternel fils à sa mère.
"Une pute se défend avec son cul", écrit-il sans cesse, afin d’érotiser la narration. Platoniquement, comme avec la mère, pour un petit garçon. Néanmoins, des prostitués chez les juifs ça ne manquait pas ; il n'est que de lire "Le petit monde de la rue krochmalna" de Singer. Au fond, Romain est un Don Quichotte des temps modernes. Il tente de pourfendre des fantasmes qui le hantent et qui au final auront raison de lui. Il a bien essayé l’écriture comme catharsisi, en vain. D’où sa dépression latente. Qui aboutit à son suicide. A-t-il de l'humour, ainsi qu'on l'a dit la dernière fois ? Moi, je ne trouve que dérision. Romain essaie de se libérer de l’emprise maternelle, principal obstacle entre "la femme" et lui. L’ambivalence - autre penchant de notre auteur-héros - fait qu'il a toutes les peines du monde à se déterminer entre féminin et masculin.
Néanmoins son problème c’est paradoxalement l’abandon paternel. Telle la fin de la pièce de Molière : Don Juan et Le festin de pierre. Où l'on voit le fils défier mortellement le père mort. Son propre suicide peut être considéré comme une fin en apothéose. Le rapport avec le féminin, qu'il avoue être son problème, pourrait bien s’avérer n’être qu'une quête du masculin. Une recherche d'identité, comme le roi Arthur dans la série Camelot. Dans un milieu occupé par des proxos, peuplé de tontons bienveillants. La question du religieux, du fantastique, est permanente. Et puis, il y a encore cette résurgente relation exclusive à la mère comme Saint-Exupéry auquel ses exploits d'aviateurs m'ont fait penser. Sa servilité, vis-à-vis de la grande muette, au cours la seconde guerre mondiale, transforme la nation reconnaissante en un autre substitut maternel.
Le refus du Goncourt*, est davantage une résistance de sa part qu'autre chose. Fasciné par les armes à feu, le révolver en particulier, Romain est assez fou pour provoquer quelqu'un en duel au pistolet et se tire une balle dans la bouche. Enfin, Momo raisonne comme un adulte et le narrateur âgé comme un enfant.
*Qui récompense surtout les maisons d'édition

Le petit monde de la rue Krochmalna - Isaac Bashevis Singer

Les questions du mode de vie - Trotsky

 


13 décembre 2015

Orphée reviens, j’ai les mêmes à la maison !

"Orphée et Eurydice" - Pina Bausch

"J'ai perdu mon Eurydice, Rien n'égale mon malheur, Sort cruel ! Quelle rigueur ! Rien n'égale mon malheur, Je succombe à ma douleur, Eurydice! Eurydice ! Réponds ! Quel supplice ! Réponds-moi, C'est ton époux, ton époux fidèle, Entends ma voix qui t'appelle, Ma voix qui t'appelle, J'ai perdu mon Eurydice, Rien n'égale mon malheur, Sort cruel ! Quelle rigueur! Rien n'égale mon malheur, Je succombe à ma douleur, Eurydice ! Eurydice ! Mortel silence ! Vaine espérance ! Quelle souffrance ! Quel tourment déchire mon cœur, J'ai perdu mon Eurydice, Rien n'égale mon malheur, Sort cruel ! Quelle rigueur ! Rien n'égale mon malheur, Sort cruel ! Quelle rigueur ! Je succombe à ma douleur, à ma douleur, à ma douleur." Paroles de l’opéra : Orphée et Eurydice

101046916


 

Atelier d’écriture du 7 décembre 2015

2e sujet
Pour moi c'était très agréable pendant trois ans de venir et de mettre les pieds sous la table, en quelque sorte. Ce changement de fonctionnement où chacun à son tour propose un sujet m’a fait venir une phrase à l'esprit que j’ai modifiée et détournée de son contexte psychanalytique. Définition simple d'étayage : soutien, appui.

Ce qu’on gagne en liberté on le perd en étayage, ce qu’on gagne en étayage on le perd en liberté.
Consigne : Qu'avez-vous à dire sur ces "enjeux" ? Il vous reste à choisir un sujet ou les deux. Au plaisir de nous lire les uns, les autres !

Reinach

Cher ami,
Tu l’auras compris, c’est le deuxième sujet proposé par l’animatrice du jour, que j’aurais choisi si j’étais allé au dernier atelier d’écriture, animé par Lomi. Et c’est, je crois, le thème de notre dernière conversation. À savoir : dans quelle mesure faut-il nécessairement quitter, abandonner, exécrer la protection illusoire que le couple parental nous offre, afin de nous lancer à la conquête du monde ? Et, au fond, réunir les conditions à la nécessaire réussite de notre vie, si tant est qu’elle puisse l’être.
Notre destin ressemble, ce me semble, à celui de ce pauvre Orphée, sommé de choisir entre la sécurité que lui offre la fidélité conjugale - quitte à se priver de tous les petits et menus plaisirs - ou l’aventure, comme promesse de jouissances répétitives à venir. Lequel Orphée, au fond, est tenté de lâcher la poire pour l’ombre ! Or, c’est bien là que se situe la différence entre un homme et le petit garçon qu’il fut et entend demeurer. Autrement écrit : notre tendon d’Achille à nous les hommes. Au reste, la sécurité qui correspond aux étayages de ce second thème n’est en elle-même qu’un leurre de plus. Quant à la liberté, son alter ego, elle l’est certainement tout autant. C’est cela, je crois, qui nous fait valse-hésiter. D’autant que s’il n’y avait la revendication paternelle, vis-à-vis de la mère, nous ne serions pas capables de trancher ce nœud gordien seul. Et ne quitterions probablement jamais la mère Encore que ce ne soit qu’en devenant père nous-mêmes que nous parachevons le travail. La vie est véritablement un labyrinthe, Mullerduquel nous voulons à la fois sortir et pas ! Si nous n’avions deux parents à aimer notre ambivalence, à préférer soit l’un soit l’autre, serait assurément moindre.
La mère est le siège de la vie ainsi que de ses promesses, à condition toutefois qu’on ne la quitte. Naître et y mourir ne nous avanceraient guère. C’est pourtant le défi que paraissent se lancer les générations actuelles. Ceci étant dit, on comprend aisément pourquoi chacun de nous ait besoin de se procurer bon nombre de substituts. Lesquels, si on y réfléchit bien, ne sont souvent que des substituts de substituts déjà, en fonction de notre avancée dans la vie. De sorte qu’il nous soit facile de croire avoir perdu de vue l’orignal. Alors que rien n’est plus faux. A tel point que je serais bien en peine de te préciser le moment où je me lançai, librement, affranchi dans ma vie. Au risque de faire erreur : Je me risquerais à avancer que ce pourrait être lorsque je me décidai à quitter l'étayage de L.O., au sein duquel je ne trouvais cependant pas que de la sécurité. Sans doute mes dernières illusions tombèrent à ce moment-là. Certes, Bernadette était déjà à mes côtés. Mais, les trois enfants qu’elle se refusait à abandonner contrebalancèrent largement les avantages qu’elle m’offrait par ailleurs. Là, il me fallut affronter de multiples démons à la fois. Sans plus me retourner non plus, cette fois, j’escaladai la montagne que mon destin sexué érigeait. Bernadette mieux qu’Eurydice en somme ! Au sens où il manque des enfants à celle-ci, dans le mythe. Les enfants comme nouveaux "étais", toujours substitutifs d’anciens. Et la boucle est bouclée. Autant dire : remets-toi, comme tu étais !
Étienne

>> Le symbolisme dans la mythologie grecque : Orphée

30 octobre 2015

Une sacrée soirée !

101046916



Dernier Atelier d'écriture Édouard Droz
Animation Isabelle - Sous le signe de la célébrationle-bonheur-est-dans-le-pre

Consigne
Inspiré par la lecture d'extraits du livre de Pierre Bonte "Le bonheur est dans le pré", dans votre peau ou dans celle d'un personnage, rédigez un texte qui présente le bonheur qui consiste à participer... à l'atelier d' écriture ! Après trois grandes années d'existence, cet atelier consistant en l'ultime, l'envie était grande d'y revenir, d'y être et de lui rendre hommage, allons-y ! Et pour clore
Suite à votre texte, un petit acrostiche avec MERCI. Il s'agit d'écrire "merci" à la verticale et que chaque lettre devienne la première d'un mot qui vous vient du cœur, du corps, de l'esprit ou de l'âme, lorsque vous pensez à ces ateliers qui nous ont réunis.
Merci à vous. Merci à toi Étienne

Bonne écriture et à tout à l'heure pour le partage, encore !

>> Lire la contribution de Lomi
>> Lire la contribution de Chantal
>> Lire la contribution de Patrick
>> Lire la contribution d'Isabelle


La-fievre-dans-le-sangMa contribution
Est-ce l’écriture qui est belle ou est-ce prosaïquement la vie ? Les deux, mon général !
Ce bilan, sonnant pour moi comme le glas de cet atelier, recourra à une chronologie historique. Force m’est de dire que j’ai vécu cette semaine quelque chose de semblable, avec deux de mes petits-enfants, à ce que j’éprouve ce soir, ici. Qu’il soit question d’atelier ou qu’il s’agisse de l’un de mes petits-enfants, ce que je ressens est identique. On part avec une idée, puis la vie fait qu’on dévie, qu’elle s’impose à nous. Ne nous laissant que peu de choix : Soit de l’accepter ou de l’infléchir un tant soit peu. C’est en somme la morale sous-jacente du film : La fièvre dans le sang.La-peste-soit-de-l'Amerique

Pour ce qui me concerne, l’écriture s’assimile au militantisme. Écrire suppose un certain engagement. L’écriture implique ipso-facto un rapport à la vérité, à la franchise, à l’honnêteté. La quête du Graal.
Je m’imposai une sorte d’atelier d’écriture, à chacune des visites de mes petits-enfants, tôt le lendemain matin à la maison. Fort d’une certaine expérience, je m’adressai à eux, dès lors qu’ils auront atteint la maturité. "Cette idée me plait" m’a dit une employée, cet après-midi. Aussi longtemps que je le pus, je communiquai à mes filles le contenu de mes observations - ainsi que nous le faisons entre nous -, au grand dam de celles-ci. En voici un court extrait, il s’agit de Juliette qui ne parlait pas encore : "Autre moment plus difficile : celui de la sieste. C’est là qu’on voit que Juliette comprend énormément plus de choses qu’elle n’en dit pour l’instant. Dès que le mot "se coucher  fut prononcé, nous l’entendîmes immédiatement répondre : "non !". Il fallut insister quelque peu là aussi, et puis elle s’inclina. Peu après, Bernadette s’allongea à ses côtés, mais le marchand de sable était déjà passé. Plus de trois heures de sieste au bout du compte, ce qui n’est pas trop mal pour quelqu’un qui ne voulait pas la faire".
Depuis longtemps déjà, je considère qu’écrire est synonyme du besoin d’empathie. D'aimer. Ma première véritable épreuve rédactionnelle, fut la rédaction du mémoire en vue de l’obtention du DEES. Épreuve, dans la mesure où je venais de "me séparer en juste divorce" pour la seconde fois. Puisque, d’autre part, je m’engageais à militer professionnellement, politiquement. Un véritable double test, essentiellement parce que "la chaleur de la vie familiale" avait cédé la place à la froideur de la solitude. Sans parler du deuil à faire, comme dans le film Kramer contre Kramer, que j’ai toujours eu beaucoup de Une-ecriture-bleue-paleréticences à regarder. Ensuite, les rédactions de rapports dits de comportement destinés au juge des affaires familiales furent autant d’ateliers d’écriture que les petits journaux hebdomadaires d’entreprise que je rédigeais. L’assistance technique de l’informatique me vint au secours fort à propos, dans cette aventure qu'est l'écriture pour un autodidacte. Enfin, je serais un ingrat si je passais sous silence l’aide précieuse de Bernadette. Ma précédente compagne m’incita à la lecture, Bernadette à l’écriture.
Mes premières expériences, en matière d'ateliers proprement dits, m’auraient plutôt incitées à passer outre. Contrairement à l’expérience positive du blog qui m’a beaucoup conforté dans cette envie, qui me vint avec l'âge, de laisser des traces. Et puis la retraite se révèle être un formidable outil, pour toute personne qui estime ne pas être arrivée au bout de son destin. À condition que cette fin d'activité n’arrive pas trop tard !
Bonne continuation à vous et merci

La Fièvre dans le sang

Posté par Thieno à 10:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

03 octobre 2015

Les réfugiés sont dans le vrai !

Lubeck

 

 

 

 

 

 

 

Lübeck le 10/08/2015

Le-mariage-de-Maria-Braun

Ce matin, depuis une très vieille auberge, de style baroque.
Finalement et avec suffisemment de recul, me dis-je, - exception faite des morts et autres drames - être bombardé, voire rasé, peut avoir du bon. Pour les générations qui succèdent, à tout le moins. A l'instar d'un déménagement, au cours duquel on se débarrasse de vieilleries, que l'on conserverait toujours. L’Allemagne est désormais un pays qui a l’air d'un sou neuf ! Tel un nouveau riche, à défaut d’être enviable.
Cependant, avoir épargné le port de Hambourg n'a, du point de vue des bourgeoisies alliées, rien d'innocent. Tandis que reconstruire cet immense pays, dévasté mais encore développé, ne s’est pas fait qu’avec les finances propres de la bourgeoisie allemande. D'autant plus qu’elle s’acquitta de monstrueuses dettes de guerre, à deux reprises. D’où initialement une des causes majeures de la gigantesque crise économique des années 30, qui favorisera l’émergence du fascisme. La cécité de la bourgeoisie française ne pouvait plus apparaître.

Mes-soldats-de-papier-33-41

Tandis que ladite bourgeoisie française s’enlisait dans deux guerres de libération coloniale, la bourgeoisie allemande n’entretint aucune armée pendant longtemps. Alors que des contacts secrets entre l'URSS de Staline et l'armée allemande préparaient son réarmement. Du point de vue des USA il leur fallait encore damer le pion à l’Angleterre, l’alliée et rivale aussi. Avec l’apport des USA, l’Allemagne est devenue leur tête de pont en Europe. De sorte que l’unité européenne était une aubaine, pour les capitalistes américains. Disons que l’Allemagne fut en quelque sorte et déjà, la Grèce de l’État bourgeois américain. À condition que la bourgeoisie allemande ne s’acquitte des intérêts. On comprend mieux les fondements du dernier mano-a-mano avec les Grecs et réciproquement sous tutelle américaine plus que certainement. L’oppression n’a pas de frontières.
D’où conséquemment, l’anti-américanisme de beaucoup de Français. Doublé d’un anti-germanisme par la même occasion. L’orgueil petit-bourgeois français a un prix, comme la connerie. L’Allemagne profite, si l’on peut dire, de la modification du rapport de forces entre l’impérialisme américain et les impérialismes anglais et français. Je ne dis pas que les Allemands soient plus heureux que les autres européens.

Je-veux-temoigner-jusqu'au-bout

Ils affichent un air des plus satisfait, des plus égoïste et naïf. Je ne sais ce qu’en dirait Marx aujourd'hui qui trouvait que la bourgeoisie allemande de son temps était des plus lâches. Il me semble mieux saisir tout ça, en lisant la thèse de Gérard Louis : La Guerre de dix ans. Aucune véritable solidarité ne se fait jour, dès que les difficultés atteignent les limites de la survie. La vie n’y tient qu’à un fil. Si on ne meurt pas de la peste, on peut décéder de faim ou pour fait de guerre.
Et lorsque la paix semble se dessiner enfin, pendant une période de 20 à 30 ans tout juste, on leur annonce le passage d’une armée soit espagnole, ou française, soit encore suédoise. Ce qui est égal. La soldatesque, amie ou non, est toujours synonyme de malédictions multiples. Les soldats sont rustres, frustres et mal ou pas payés. Leur entretien, leur hébergement sont à charge de la population locale. Il arriva que les paysans préférèrent fuir plutôt que courir tous les risques que la présence de soldats, n’engendre. Où donc ces pauvres gens arrivaient-ils à trouver les sommes astronomiques qu’on exigeait d’eux. En cessation de paiement, leurs biens hypothéqués passèrent ainsi dans les mains de leurs créanciers. Lesquels spéculèrent dans la pierre, lors de la construction du centre ville de Besançon. Au XVIème siècle, une multitude de décrets régissaient le quotidien de ces paysans sans doute illettrés. Une quantité aussi importante de contre-décrets en précisaient l’application, voire les limites, quand ils ne les annulaient pas. La coutume parfois primait sur tout. Fort heureusement, à Salins, des contrôleurs dûment mandatés se firent recevoir à coup de pierres et ne trouvèrent de salut que dans la fuite.
À la lanterne tous les bourgeois et leurs valets.

>> Lire encore...

Le mariage de Maria Braun

Posté par Thieno à 18:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,

21 décembre 2014

Naturellement vôtre, par défaut seulement

Le complexe de castrationLe-complexe-de-castration
"Le complexe de castration s'enracine dans la sexualité Infantile. Il est relatif, le plus souvent, aux fantasmes de castration que l'enfant imagine subir de la part de personnages investis d'autorité, comme punition pour avoir été porté à la recherche du plaisir en s'accordant des caresses mises en œuvre à l'insu des parents pour se procurer une jouissance et stimuler surtout des imaginations qui sont au centre des pratiques masturbatoires. Avec le concept de castration, Freud ne s'attache pas aux aspects anatomiques ou physiologiques de la castration, il découvre une fonction psychique, née du développement de la sexualité infantile, du désir qu'elle provoque, de ses conséquences sur l'imagination à l'origine du Surmoi. 
>> Lire encore

 

bienvenue-en-suisseÀ un ami suite 3
Ce n’est pas la première fois que je suis grand-père, or la naissance de Léon - probable dernier petit-fils que nous "n’attendions plus" - me touche tout spécialement. Troisième enfant de la fille aînée de ma compagne, le destin de Léon devrait s’en trouver paradoxalement rehaussé. Tandis que tout s'est heureusement bien passé, nous sentons la maman plus sereine que pour les deux premiers, contrairement à ce qu'elle fut pendant sa grossesse, plus à risques que les autres. À cela, s’ajoute la présence à ses côtés de Mathilde, une sœur aînée, qui entre en sixième. Telle une seconde naissance, en somme, pour celle-ci. Et, pourquoi le taire, l'heureuse Mamie ne se fait jamais prier pour seconder sa fille. Au point que Léon commence à la reconnaître et à lui faire la fête dès qu'il la voit, m’a-t-elle dit. Quant au papa, il ne souhaitait rien de plus, depuis longtemps.
Pour ce qui me concerne, j’ai peine à parler du seul grand-père dont je me souvienne quelque peu. Car j’avais à peine 5 ans, lorsqu’il est mort. Ce dont je me rappelle c’est que son cancer, en l'absence de toute chimiothérapie, s’était finalement généralisé. Toutefois, on m‘a souvent dit qu’il aimait me prendre sur ses genoux et me faire parler. Quant à mon grand-père paternel, il est décédé l’année de ma naissance.
Léon ne manifeste pas encore une grande présence parmi nous, en dehors de ses pleurs et de ses cris, seules manifestations sonores de sa part.
Mais, on commence à le surprendre en train de contorsionner sa bouche, afin de nous imiter et de nous sortir un laborieux et jouissif "eeee", aussi bref que peu sonore, trop rare à notre goût. À ne pas rater, surtout. Sinon, suite au prochain numéro. "Bonne route, mon p'tit Léon !"
En revanche, que dire des vertus et charmes que d'aucuns de nos concitoyens prêtent inconsciemment et platoniquement à "dame nature" ? En opposition, disent-ils, aux multiples dégâts causés par l’activité humaine capitalistique. Il est de bon ton et relativement neutre d'être écologiste aujourd'hui. Tandis que les montagnes s'érodent, que certaines s'élèvent encore, que les continents se déplacent sans cesse puis, enfin, que des océans disparaissaient et naissent insensiblement. Qui, alors, peut dire ce que sera l'aspect de cette bonne vieille terre dans quelques temps, au-delà de toute intervention parasite ? Mars et Venus sont des planètes encore moins hospitalières, sans que l'homme n'y soit pour rien. Géologiquement récente, l'intervention humaine sur terre n'a pas que des inconvénients. Ou alors, nous aurions déjà disparu. Des Le-pere-et-sa-fonctionespèces ont trépassé, bien avant les tentatives humaines pour l'adapter, autant que faire se peut. L'industrie capitaliste, voilà à la fois le bien et le mal. De quel côté penche le résiduel ? C'est fonction de quelques a priori. La Côte d'Azur serait-elle plus amène sans les villes champignons que la spéculation immobilière créé ou développe ? Certes ! Cela dit, la nature sauvage Du-pere-a-la-lettrebénéficie d'un préjugé esthétique favorable aux yeux de citadins petits-bourgeois désabusés par la crise capitaliste, comparé à celui des réalisations humaines, Question de classes, peut-être !
C'est oublier que la banquise, toujours la banquise et encore la banquise n'ait rien de folichon, pour des Inuits condamnés à y vivre. Pas davantage que la forêt amazonienne n'a de vertus illimitées pour les Indiens d'Amazonie que des ethnologues vont étudier ("sans toucher à rien"), sous prétexte de respecter "nos" traditions séculaires. Une courte vie passée à chasser, à cueillir et gratter le sol, à se battre sans véritables moyens contre tous les dangers, à se défoncer pour oublier, n'est pas une vie digne d'un être humain. La nature, c'est un tout, pas un libre-service où l'on viendrait choisir, puis se servir. Dame Nature n'est pas clémente avec nous, que l’évolution a moins bien dotés individuellement que les animaux. Et si c'était l'amour de l'Autre - substitut de la mère - le problème ?
"La nature oui, mais pas trop n'en faut non plus !"

Souvenirs, souvenirs…

logo-atelier-écriture

Les-cartons-de-mon-grand-pe

 

"C'est dans un monde presque minéral où seule une herbe rare pousse entre les blocs de calcaire que vit l'étrange curé de la première nouvelle. Toujours vêtu de la même soutane usée d'où s'échappe parfois un linge trop luxueux, il s'est donné pour mission de faire passer la rivière souvent en crue aux écoliers qui doivent la traverser. Qui est-il, un raté ou un saint ? C'est ce que nous apprendra le récit de sa vie et la surprise qu'il réservera à sa mort. "La tourmaline est sombre et ce qui va vous être conté est très sombre." C'est ainsi que commence l'histoire de la jeune fille à la tête trop grosse, qui vit recluse avec son vieux père en compagnie de son choucas apprivoisé. La mort du père nous permettra de découvrir l'énigme de ces deux vies naufragées, en même temps qu'elle nous fera assister au sauvetage social de la pauvre innocente. Deux cas qui posent avec l'éclairage du monde propre au monde poétique de Stifter l'universel et difficile problème de l'éducation. La troisième nouvelle, Lait de Roche, appartient au genre romantique qui est l'autre versant du génie de Stifter. Elle raconte une flamboyante histoire d'amour interdit dans une Allemagne divisée par les guerres napoléoniennes." Les éditeurs

stifterAdalbert Stifter (1805-1868) est né en Bohême en 1805, il vécut à Vienne et mourut en se tranchant la gorge en 1868. Un des plus grands prosateurs de langue allemande, qui fut aussi inspecteur d'académie, renouvela le roman pédagogique. Pédagogie aristocratique où le détachement esthétique mène à une sagesse qui n'est pas sans rappeler les philosophies orientales. La transparence des récits de Stifter, leur fausse quiétude Biedermeier, expriment la vision d'une vie simple et idyllique qui se sait mortelle. Un des grands écrivains de langue allemande du XIX' siècle qui trouve en France un accueil de plus en plus enthousiaste."

"Cet envoûtant récit de formation a pour cadre les montagnes et la forêt de Bohême. Le texte en est consigné dans les «cartons» que découvre le narrateur revenu dans la vieille maison de ses aïeuls. Ils racontent la double faute de l'arrière-grand-père Augustinus, fi-gure mythique, qui trouve son rachat et reconquiert le bonheur grâce à l'ascèse patiente de l'écriture.
L'amour perdu lui sera rendu au terme d'une lutte contre les démons de l'irrationnel qui habitent l'homme : hantises et angoisses, violence cachée qui brusquement surgit dans un incident, et aussi terreur devant les forces destructrices de la nature, «l'effroyable innocence des choses» telle qu'elle se manifeste dans la description somptueuse que fait Stifter de l'hiver autrichien.
Cette longue nouvelle tenait particulièrement à cœur à son auteur ("l'enfant de ma joie et de ma douleur" disait-il), qui remit quatre fois l'ouvrage sur le métier. Nous avons choisi la deuxième version de l'œuvre, la plus élaborée et la plus diverse". Les éditeurs


Lait de Roche
"Dans notre pays natal se dresse un château comme on en rencontre bon nombre en maintes contrées, il est entouré d'un large fossé rempli d'eau, si bien qu'on le croirait bâti dans une île au beau milieu d'un étang. Pareil fossé constitue le moyen de défense habituel des châteaux situés en terrain plat, lesquels s'abritent derrière une ceinture d'eau, en l'absence des moyens de défense dont disposent leurs orgueilleux frères, perchés sur de hautes-montagnes ou sur des pitons rocheux. La sécurité moindre que leur procure l'eau se paye en outre fort cher : air humide, coassements de grenouilles et moustiques à foison sont leur lot, alors que leurs nobles frères, non contents de la meilleure protection que leur offrent les à-pics rocheux, jouissent en outre de l'air pur et de la vue imprenable…

Les antiquitésTourmaline
"Je commence à devenir vieux moi aussi et je songe souvent dès maintenant, avec une sorte de joie anticipée, à ce temps à venir, qui verra mon petit-fils ou mon arrière-petit-fils aller et venir sur les traces que je fonde aujourd'hui avec tant d'amour, comme si elles devaient durer éternellement — elles qui pourtant, une fois parvenues à mon petit-fils, seront mortes et désuètes. Ce que le vieillard édifie en hâte, son obstination à observer ses propres préceptes et l'ardeur qu'il met à guetter sa gloire posthume, ne sont donc pour le vieux cœur que l'obscur instinct, qui va s'affaiblissant, de prolonger encore de cette manière une vie si douce au-delà de la tombe. Mais il ne la prolonge point ; car, tout comme il avait souri des choses décolorées et fades laissées par ses prédécesseurs, et les avait modifiées, ainsi en usera son petit-fils, et c'est en éprouvant seulement ce sentiment triste et doux avec lequel on considère toujours le temps qui passe, qu'il gardera et contemplera ces souvenirs un moment encore…"

Consigne
Vous connaissez maintenant notre fonctionnement. Aujourd'hui nous donnons dans le naturalisme avec Stifter, l'un des pionniers et maîtres du genre. Il suffit de nous inspirer d'un mot, d'une expression, d'une phrase, voire d'un paragraphe de l'un ou l'autre des extraits ci-dessus de textes qui nous sont proposés. Et puis ensuite de laisser aller notre main, au gré de ce qui nous traverse l'esprit.
Ecrire en première intention, en somme.
Bon courage et meilleure inspiration.
Étienne

> Voir la contribution d'Isabelle
> Voir la contribution de Chantal